Les fiches de cette étape : "Anticiper"
Anticiper sa retraite, c'est d'abord conserver les bons justificatifs
Poser un principe fondamental : la meilleure anticipation retraite commence par la conservation des bons justificatifs, dès les premières situations professionnelles. Le relevé de carrière est un outil de lecture, pas une archive juridique complète.
« Avez-vous bien tous vos bulletins de salaire depuis le début de votre carrière ? »
« Conservez-vous les attestations de chômage, d'arrêt de travail et d'invalidité ? »
« Si vous avez travaillé à l'étranger ou en TNS, avez-vous vos attestations d'affiliation et de paiement de cotisations ? »
1. En droit de la retraite, le droit se prouve
Le droit à la retraite repose sur un principe simple : ce qui n'est pas prouvé peut ne pas être reconnu. Les organismes de retraite travaillent à partir des données transmises, des informations consolidées et des justificatifs disponibles au moment de la liquidation.
En cas d'absence, d'erreur ou de litige, ce sont les pièces détenues par l'assuré qui permettent de sécuriser les droits. Le relevé de carrière facilite la lecture, mais il ne remplace jamais la preuve.
2. Pourquoi le relevé de carrière ne suffit pas
LE RELEVÉ DE CARRIÈRE (RIS)
- Restitution administrative
- Peut comporter des retards d'intégration
- Informations agrégées sans détail
- Indique qu'un droit existe
- Ne montre pas comment il a été constitué
- Valeur indicative
LES JUSTIFICATIFS
- Preuve juridique opposable
- Détail exact des périodes et montants
- Nature précise des allocations
- Permettent la régularisation
- Indispensables en cas de litige
- Valeur probante devant les juridictions
En cas de doute, le relevé indique qu'un droit existe, mais pas toujours comment il a été constitué. Pour la retraite complémentaire notamment, le salaire journalier de référence et la nature exacte des allocations peuvent être déterminants.
3. La chronologie de la conservation
Dès le 1er emploi
Conserver contrats et bulletins
Tout au long
Archiver systématiquement chômage, maladie, enfants
5 ans avant
Vérifier RIS et régulariser
Conservation perpétuelle
Preuves pour révision ou réversion
4. Les justificatifs essentiels selon les situations rencontrées
| Situation | Documents à conserver | Durée recommandée | Utilité retraite |
|---|---|---|---|
| Salariat | Bulletins de salaire | Jusqu'à liquidation (recommandée : à vie) |
Reconstitution carrière Preuve régime affiliation Calcul SAM |
| Chômage indemnisé | Notification d'attribution des droits Attestations versement ARE Attestation destinée aux caisses (SJR) |
Jusqu'à liquidation (recommandée : à vie) |
Validation trimestres Points Agirc-Arrco SJR déterminant |
| Chômage non indemnisé | Attestation inscription France Travail Justificatif fin de droits |
Jusqu'à liquidation | Validation trimestres (sous conditions strictes) |
| Maladie / Maternité | Attestations versement IJ (délivrées par CPAM) |
Jusqu'à liquidation (recommandée : à vie) |
Points gratuits Agirc-Arrco (arrêts > 60 jours) |
| Invalidité | Notification attribution pension Attestations versement |
Jusqu'à liquidation (recommandée : à vie) |
Retraite à taux plein Points gratuits |
| Handicap (AEEH) | Notifications MDPH Décisions taux handicap Notifications AEEH + compléments |
Sans limitation | MDA supplémentaires Retraite anticipée possible |
| Service militaire | État signalétique des services Livret militaire |
Sans limitation | Trimestres assimilés |
| TNS / Libéraux | Attestations affiliation Appels cotisations Justificatifs paiement |
Jusqu'à liquidation (recommandée : à vie) |
Périodes souvent mal restituées |
| Carrière internationale | Contrats étrangers Attestations activité Formulaires liaison (E205, P1, P5000) |
Sans limitation | Application conventions bilatérales |
| Activité partielle | Bulletins salaire Attestation ASP |
Jusqu'à liquidation | Points Agirc-Arrco sous conditions |
Les périodes de chômage indemnisé donnent droit à des points gratuits. Mais le calcul dépend du salaire journalier de référence (SJR) notifié par France Travail. Sans l'attestation spécifique aux caisses complémentaires, le nombre de points peut être sous-évalué. Les archives Unedic remontent jusqu'à 1983.
5. En cas de perte : les solutions de rattrapage
| Document perdu | Où le récupérer | Délai indicatif |
|---|---|---|
| Bulletins de salaire | Ancien employeur (obligation 5 ans) URSSAF (attestation) |
Variable selon ancienneté employeur |
| Attestations chômage | France Travail / médiateur Unedic (archives depuis 1983) |
2-4 mois |
| Attestations IJ maladie | CPAM (relevé de prestations) | 1-2 mois |
| Contrats de travail | Ancien employeur Archives départementales |
Variable |
Depuis 2017, l'employeur doit garantir l'accès aux bulletins de salaire dématérialisés jusqu'à 6 ans après le départ en retraite du salarié.
La mention « à conserver sans limitation de durée » figure obligatoirement sur chaque bulletin.
7. Ce qu'il faut retenir
Anticiper sa retraite commence bien avant l'âge du départ.
- La preuve est un élément central du droit retraite
- Le relevé de carrière est un outil, pas une archive
- Une culture documentaire adaptée sécurise l'avenir sans complexifier le présent
Ne pas conserver les bons justificatifs expose à des difficultés évitables.
Une fois les justificatifs sécurisés, il devient possible d'envisager les différentes trajectoires de départ.
Consultez ensuite la fiche « À partir de quand puis-je envisager un départ en retraite ? »
Sources et références
Sites officiels :
À partir de quand puis-je envisager un départ en retraite ?
Comprendre à partir de quand un départ peut être envisagé. En droit de la retraite, il n'existe pas une date unique, mais plusieurs horizons possibles qui dépendent de paramètres juridiques distincts : âge légal, durée d'assurance et âge du taux plein automatique.
1. Les trois bornes temporelles à connaître
Le départ en retraite ne s'analyse pas comme un événement ponctuel, mais comme une séquence juridique. Trois repères structurent l'anticipation :
BORNE 1
ÂGE LÉGAL
62 à 64 ans
selon génération
Première porte d'accès
Départ possible sous conditions
(décote si trimestres insuffisants)
BORNE 2
TAUX PLEIN PAR DURÉE
170 à 172 trimestres
Retraite sans décote
Si durée d'assurance atteinte
(variable selon génération)
BORNE 3
TAUX PLEIN AUTOMATIQUE
67 ans (fixe)
Garantie légale
Taux plein sans condition de durée
(mais pension proratisée)
- L'âge légal ouvre le droit de partir, mais ne garantit pas une pension sans décote
- Le taux plein automatique à 67 ans garantit l'absence de décote, mais pas nécessairement un niveau de pension élevé si la carrière est incomplète
2. Âge légal et durée d'assurance par génération
La LFSS 2026 a suspendu partiellement la réforme 2023 pour les générations 1964 à 1968. Voici le tableau actualisé applicable à partir du 1er septembre 2026 :
| Génération (année naissance) | Âge légal | Trimestres taux plein | Réforme 2023 |
|---|---|---|---|
| Avant 01/09/1961 | 62 ans | 167 | Non concernée |
| 01/09/1961 - 31/12/1961 | 62 ans 3 mois | 169 | Non concernée |
| 1962 | 62 ans 6 mois | 169 | Non concernée |
| 1963 | 62 ans 9 mois | 170 | Non concernée |
| 01/01/1964 - 31/03/1965 | 62 ans 9 mois | 170 | Suspendue (gain 1 trim.) |
| 01/04/1965 - 31/12/1965 | 63 ans | 171 | Suspendue (gain 1 trim.) |
| 1966 | 63 ans 3 mois | 172 | Suspendue (gain 1 trim.) |
| 1967 | 63 ans 6 mois | 172 | Suspendue (gain 1 trim.) |
| 1968 | 63 ans 9 mois | 172 | Suspendue (gain 1 trim.) |
| 1969 et après | 64 ans | 172 | Applicable |
La suspension s'applique aux pensions prenant effet à compter du 1er septembre 2026.
- Les générations 1964 à 1968 gagnent 3 mois sur l'âge légal
- La durée d'assurance est réduite d'un trimestre pour les générations 1964 (170 au lieu de 171) et 1965 (171 au lieu de 172)
- L'âge légal reste fixé à 64 ans pour les générations 1969 et suivantes
3. Les dispositifs de départ anticipé
Certaines situations permettent de partir avant l'âge légal. Ces dispositifs obéissent à des conditions spécifiques :
| Dispositif | Âge minimum | Conditions principales |
|---|---|---|
| Carrière longue | 58 à 63 ans | Début activité avant 16/18/20/21 ans + trimestres cotisés |
| Handicap | 55 ans min. | Taux incapacité ≥ 50% pendant durée requise |
| Incapacité permanente (AT/MP) | 60 ans | Taux IP ≥ 20% (ou 10% sous conditions) |
| Pénibilité (C2P) | 60 ans | Points C2P convertis en trimestres |
| Inaptitude au travail | Âge légal | Reconnaissance médicale de l'inaptitude |
| Invalidité | Âge légal | Pension d'invalidité en cours |
À partir du 1er septembre 2026, les majorations de durée d'assurance pour enfant (maternité, éducation, adoption, congé parental) seront prises en compte comme périodes réputées cotisées pour l'ouverture du droit à retraite anticipée carrière longue (art. 104 LFSS 2026).
Limite : 2 trimestres maximum.
Cette mesure vise à réduire les inégalités d'accès subies par les femmes.
4. Les effets du moment de départ
Le choix du moment de départ a des conséquences juridiques et financières différentes selon que l'on part avant, à ou après le taux plein :
DÉPART AVANT TAUX PLEIN
Décote appliquée
0,625 point (1,25%) par trimestre manquant
(max. 20 trimestres)
Réduction définitive
DÉPART À TAUX PLEIN
Taux de 50% ou 100%
appliqué (selon le régime)
Pas de décote
Accès au minimum contributif
Cumul emploi-retraite intégral
DÉPART APRÈS TAUX PLEIN
Surcote appliquée
+1,25% par trimestre supplémentaire
(pas de plafond)
Majoration définitive
5. Ce que cette fiche permet... et ne permet pas
Cette fiche PERMET de
- Situer les horizons de départ possibles
- Comprendre la logique temporelle
- Distinguer âge légal et taux plein
- Identifier les bornes de sa génération
- Connaître les dispositifs anticipés
Cette fiche NE PERMET PAS de
- Déterminer une date de départ précise
- Calculer un montant de pension
- Vérifier l'éligibilité à un dispositif
- Mesurer les conséquences financières
- Remplacer une analyse personnalisée
6. Ce qu'il faut retenir
Il n'existe pas une date unique de départ, mais plusieurs horizons possibles.
- L'âge légal (62 à 64 ans) est la porte d'accès, pas une garantie de taux plein
- Le taux plein dépend de la durée d'assurance (170 à 172 trimestres)
- À 67 ans, le taux plein est automatique mais la pension peut être proratisée
- Des dispositifs anticipés existent (carrière longue, handicap, pénibilité...)
Le choix du moment de départ ne peut intervenir qu'après une analyse complète.
Une fois les horizons de départ identifiés, il devient possible d'en mesurer les effets.
Consultez ensuite la fiche « Partir dès que possible ou attendre : quels effets juridiques dans le temps ? »
Sources et références
Sites officiels :
Partir dès que possible ou attendre : quels effets juridiques dans le temps ?
En droit de la retraite, le moment du départ n'est pas une simple préférence personnelle. C'est un choix juridique, dont les effets peuvent être durables, parfois irréversibles. Cette fiche vous aide à comprendre ce que le temps change, concrètement, sur vos droits.
1. La retraite est un acte juridique, pas une simple date
On parle souvent de « partir en retraite » comme d'un événement. En réalité, le départ correspond à la liquidation : l'acte par lequel vous transformez vos droits potentiels en pension servie.
Le temps n'est pas seulement un calendrier ; c'est une frontière juridique. En gros : une fois décidée, c'est (presque) gravé dans le marbre !
AVANT LA LIQUIDATION
Vos droits sont en construction
Vous pouvez encore :
- Acquérir des trimestres
- Améliorer votre SAM
- Accumuler des points
- Corriger votre carrière
APRÈS LA LIQUIDATION
Vos droits sont figés
Vous pouvez difficilement :
- Modifier les règles de calcul
- Annuler la décote éventuelle
- Revenir sur certaines options
- Changer de date de départ
2. Ce que le temps change sur le taux
Le taux de la retraite dépend d'une condition : partir avec ou sans décote. Le temps joue à double niveau :
- Il fixe le moment où la durée d'assurance peut être atteinte
- Il fixe l'âge à partir duquel le taux plein devient automatique (67 ans)
3. Décote et surcote : deux logiques opposées
En matière de retraite, le temps peut jouer comme un malus ou comme un bonus, selon la situation.
DÉCOTE
(minoration définitive)
Quand ?
Départ avant le taux plein
(trimestres manquants)
Calcul :
−0,625 point
par trimestre manquant
(équivalent : −1,25% par trim.)
Plafond :
Maximum 20 trimestres
(soit −12,5% max)
TAUX PLEIN
(50% du SAM / 100% des points)
Quand ?
Durée d'assurance atteinte
OU âge de 67 ans
Calcul :
Taux de 50%/100%
appliqué au SAM/aux points
(puis proratisation pour les régimes alignés)
Conditions :
170 à 172 trimestres
OU 67 ans (automatique)
SURCOTE
(majoration définitive)
Quand ?
Travail au-delà de l'âge légal
+ taux plein acquis
Calcul :
+1,25%
par trimestre supplémentaire
(soit +5% par année)
Plafond :
Aucun plafond
(cumul illimité)
4. Le régime complémentaire des salariés du privé
Beaucoup d'assurés raisonnent uniquement avec la retraite de base. Or, le régime complémentaire Agirc-Arrco obéit à une logique différente.
On peut être « bien » dans le régime de base et « moins bien » en complémentaire. Une approche globale est indispensable.
Le dispositif de bonus-malus (coefficient de solidarité) a été supprimé :
- Depuis le 1er décembre 2023 pour les nouveaux retraités
- Depuis le 1er avril 2024 pour les retraites déjà en cours
RÉGIME DE BASE
Logique de trimestres
- Taux plein si durée atteinte
- Décote/surcote selon situation
- Proratisation de la pension
RÉGIME COMPLÉMENTAIRE
Logique de points
- Alignement sur le régime de base
- Minoration si départ anticipé
- Plus de bonus-malus temporaire
5. L'irréversibilité : le point le plus sous-estimé
Le point le plus important n'est pas la comparaison « partir tôt vs partir tard ». Le point central, c'est que la liquidation est un acte juridique structurant.
Le choix du moment n'est donc pas un simple arbitrage financier : c'est une décision qui fige un cadre juridique.
- Les paramètres de carrière cessent d'évoluer pour le calcul initial
- Certaines options ou droits deviennent non mobilisables
- La marge de manœuvre se réduit fortement
- La décote éventuelle est définitive
6. Les 3 questions à se poser avant de choisir une date
Cette fiche ne sert pas à trancher à votre place. Elle sert à vous faire adopter la logique suivante : ne pas choisir une date sans mesurer les conséquences juridiques du temps.
Est-ce que partir dès l'ouverture me place dans un cadre stable sur le taux ?
Vérifiez si vous aurez vos trimestres requis à la date envisagée.
Est-ce que la date envisagée est cohérente avec ma retraite complémentaire ?
Base et complémentaire forment un binôme. Ne choisissez pas sur un seul régime.
Est-ce que ma carrière est suffisamment sécurisée pour figer mes droits ?
Vérifiez votre relevé de carrière et corrigez les anomalies avant de liquider.
Si une de ces réponses est incertaine, cela ne signifie pas que vous ne pouvez pas partir. Cela signifie qu'il faut anticiper avec méthode.
Partir dès que possible n'est pas toujours une bonne idée, mais attendre sans raison peut être inutile.
Le seul repère fiable est juridique :
- Le temps modifie les conditions de taux (décote −1,25% / surcote +1,25% par trimestre)
- Le temps impacte aussi le régime complémentaire (minoration si départ anticipé)
- La liquidation marque un point de non-retour sur certains paramètres
En retraite, le temps n'est pas un détail. C'est un levier.
Une fois les effets du temps compris, il faut intégrer une réalité : votre carrière peut encore évoluer.
Consultez ensuite la fiche « Anticiper avec une carrière incomplète ou évolutive »
Sources et références
Sites officiels :
Anticiper avec une carrière incomplète ou évolutive
Anticiper sa retraite ne suppose pas d'avoir une carrière achevée ou parfaitement lisible. De nombreux assurés commencent à s'interroger alors que leur parcours est encore en construction.
Cette fiche montre qu'une carrière incomplète ou évolutive n'empêche pas l'anticipation, à condition d'adopter une approche prudente et juridiquement adaptée.
1. Une carrière rarement figée avant la retraite
Dans les faits, peu de carrières sont totalement stabilisées plusieurs années avant la retraite. Les parcours professionnels actuels sont souvent marqués par des variations.
SITUATIONS FRÉQUENTES
- Changements de statut
- Variations de revenus
- Interruptions / reprises d'activité
- Reconversions professionnelles
- Périodes de chômage
CE QUE CELA IMPLIQUE
- Anticipation plus délicate
- Mais aussi plus nécessaire
- Plusieurs scénarios à envisager
- Suivi régulier du relevé de carrière
- Corrections possibles en cours de route
Anticiper ne consiste pas à prévoir l'avenir avec certitude, mais à encadrer l'incertitude.
2. Les règles de validation des trimestres en 2026
La validation des trimestres dépend des revenus déclarés. Voici les seuils applicables en 2026 :
Pour les salariés (régime général) :
| Nombre de trimestres | Revenu brut minimum 2026 |
|---|---|
| 1 trimestre | 1 803 € (150 × SMIC horaire brut) |
| 2 trimestres | 3 606 € |
| 3 trimestres | 5 409 € |
| 4 trimestres (maximum/an) | 7 212 € |
La validation dépend du chiffre d'affaires annuel déclaré (après abattement) :
- Activités commerciales (vente) : environ 24 000 € CA pour 4 trimestres
- Prestations de services BIC : environ 14 256 € CA pour 4 trimestres
- Prestations de services BNC : environ 10 800 € CA pour 4 trimestres
Précision : Seuils après abattement forfaitaire (71% vente, 50% services BIC, 34% BNC)
⚠️ Un CA nul = aucune cotisation = aucun trimestre validé.
3. Les leviers pour compléter une carrière
Plusieurs mécanismes permettent de compléter une carrière incomplète :
| Levier | Principe | Conditions principales |
|---|---|---|
| Rachat d'années d'études | Valider des trimestres pour les périodes d'études supérieures | Max 12 trim. - Tarif réduit avant 40 ans - Déductible des impôts |
| Rachat d'années incomplètes | Compléter les années où moins de 4 trim. validés | Inclus dans le plafond de 12 trim. rachetables |
| Rachat de stages | Valider les stages en entreprise (min 2 mois) | Max 2 trim. - Avant 30 ans - 481 €/trim. en 2026 |
| Cotisations minimales (indépendants) | Garantir 3 trim./an même avec faibles revenus | Demande à l'Urssaf - Base 11,5% du PASS |
| Prolongation d'activité | Continuer à travailler pour valider des trimestres | Ouvre droit à surcote si taux plein atteint |
Les trimestres rachetés ne comptent PAS pour :
- L'accès à la retraite anticipée carrière longue (sauf cas bien spécifiques)
- Le dépassement de la durée requise pour obtenir une surcote
4. Anticiper selon les profils
INDÉPENDANTS
Professions libérales
Enjeux :
- Variabilité des revenus
- Impact sur trimestres validés
- Option cotisations minimales
Action clé :
Raisonner par hypothèses (bonne/mauvaise année)
CARRIÈRES TARDIVES
Début ou reprise après 40 ans
Enjeux :
- Temps limité pour cotiser
- Chaque année compte
- Rachat potentiel
Action clé :
Simuler l'impact de chaque année de travail
RECONVERSIONS
Changement de régime
Enjeux :
- Multi-régimes possibles
- Coordination des droits
- Vérification carrière
Action clé :
Vérifier que tous les régimes sont bien pris en compte
5. Les outils pour anticiper avec une carrière évolutive
| Outil | Utilité |
|---|---|
| Relevé de carrière | Visualiser tous les trimestres validés, détecter les anomalies, identifier les années incomplètes. Accessible sur info-retraite.fr |
| Simulateur de retraite | Projeter différents scénarios (poursuite activité, variation revenus, rachat). Disponible dans votre compte retraite personnel. |
| Entretien information retraite | A partir de 45 ans. Permet de faire le point avec un conseiller sur votre situation personnelle. |
| Simulateur rachat trimestres | Évaluer le coût et la rentabilité d'un rachat avant de s'engager. Accessible via votre espace personnel. |
Consultez votre relevé de carrière au moins une fois par an.
Signalez toute anomalie dans les 3 ans suivant l'année concernée (les rectifications deviennent plus difficiles ensuite).
Conservez tous vos bulletins de salaire et attestations d'employeur.
6. Ce que cette fiche permet... et ne permet pas
Cette fiche PERMET de
- Situer sa trajectoire dans le temps
- Comprendre les marges de manœuvre
- Connaître les seuils de validation
- Identifier les leviers (rachat, cotisations)
- Éviter les décisions prises dans l'urgence
Cette fiche NE PERMET PAS de
- Fixer une date de départ
- Déterminer un montant de pension
- Valider l'éligibilité à un dispositif
- Prédire les revenus futurs
- Remplacer une analyse personnalisée
Une carrière en cours n'empêche pas l'anticipation.
Elle impose simplement une méthode différente :
- Prudence : raisonner par hypothèses, pas par certitudes
- Pluralité : envisager plusieurs scénarios possibles
- Compréhension : connaître les règles de validation (1 803 €/trim. en 2026)
- Suivi : consulter régulièrement son relevé de carrière
Anticiper, ce n'est pas figer l'avenir. C'est se donner les moyens de ne pas le subir.
Lorsque la carrière évolue, elle peut aussi relever de plusieurs régimes.
Consultez ensuite la fiche « Anticiper avec une carrière mixte ou multi-régimes »
Sources et références
Sites officiels :
Anticiper avec une carrière mixte ou multi-régimes
Les carrières « mixtes » ou « multi-régimes » sont devenues la norme :
Environ 42% des retraités sont poly-pensionnés
Cette fiche vous aide à comprendre comment une carrière éclatée agit sur l'anticipation du départ, et comment les régimes se coordonnent juridiquement.
1. Les différents types de régimes de retraite
Le système français compte environ 37 régimes professionnels différents. Ils se répartissent en deux grandes catégories :
RÉGIMES ALIGNÉS
(mêmes règles de calcul)
- CNAV (salariés du privé)
- MSA salariés (agricoles)
- SSI (indépendants, ex-RSI)
Avantage :
Liquidation unique (LURA)
Un seul interlocuteur
Un seul paiement mensuel
RÉGIMES NON-ALIGNÉS
(règles spécifiques)
- Fonction publique (SRE, CNRACL)
- Professions libérales (CNAVPL)
- Régimes spéciaux (SNCF, RATP...)
- MSA non-salariés (exploitants)
Conséquence :
Une demande par régime
Calculs spécifiques à chacun
Paiements séparés
2. La LURA : simplification pour les régimes alignés
Depuis le 1er juillet 2017, la Liquidation Unique des Régimes Alignés (LURA) permet aux poly-pensionnés des régimes alignés de bénéficier d'un calcul et d'un versement unique.
Assurés nés à partir du 1er janvier 1953 ayant cotisé à au moins 2 des 3 régimes alignés.
- Principe : un seul régime liquide la pension (le dernier régime d'affiliation, sauf cas particulier)
- Calcul : les 25 meilleures années sont sélectionnées tous régimes confondus
- Les rémunérations sont additionnées mais plafonnées au PASS (48 060 € en 2026)
⚠️ ATTENTION : maximum 4 trimestres par an, même en cas de cotisation simultanée.
Si vous avez cotisé simultanément à 2 régimes alignés avec des revenus élevés :
- Les rémunérations sont plafonnées à un seul PASS (au lieu de 2 avant 2017)
- Une partie de vos cotisations peut être « à fonds perdus »
Exemple : 30 000 € CNAV + 20 000 € SSI = 50 000 €
mais plafond à 48 060 €.
Les cotisations sur les 1 940 € excédentaires ne génèrent aucun droit.
3. Comment s'articulent les régimes ?
VOTRE CARRIÈRE MULTI-RÉGIMES
(ex: salarié privé)
X trimestres
(ex: fonctionnaire)
Y trimestres
(ex: libéral)
Z trimestres
Durée d'assurance tous régimes = X + Y + Z (max 4/an)
Calculé sur le total des trimestres
tous régimes
Addition des pensions
de chaque régime
4. Les règles de calcul selon les régimes
| Élément | Régime général / Alignés | Fonction publique |
|---|---|---|
| Base de calcul | Moyenne des 25 meilleures années | Traitement des 6 derniers mois |
| Taux plein | 50% du salaire annuel moyen | 75% du traitement indiciaire |
| Proratisation | Trimestres régime / trimestres requis | Trimestres liquidés / trimestres requis |
| Complémentaire | Agirc-Arrco (points) | RAFP (points) si titulaire |
Les majorations pour enfant ne comptent qu'une seule fois, même si vous avez cotisé à plusieurs régimes.
5. La fin de carrière : un point de vigilance majeur
Dans les carrières mixtes, la fin de carrière joue souvent un rôle déterminant. Les dernières années peuvent consolider une trajectoire ou la fragiliser.
FIN DE CARRIÈRE COHÉRENTE
- Continue dans le régime majoritaire
- Revenus stables ou croissants
- Consolide les 25 meilleures années
- Complète les trimestres manquants
FIN DE CARRIÈRE À SURVEILLER
- Changement de régime tardif
- Baisse significative de revenus
- Passage privé/public en fin de carrière
- Déséquilibre base/complémentaire
6. Les outils pour anticiper en multi-régimes
| Outil | Utilité |
|---|---|
| info-retraite.fr | Portail unique pour voir tous vos régimes, vos trimestres, effectuer des simulations et demander votre retraite en ligne |
| Relevé de carrière inter-régimes | Document unique récapitulant tous vos trimestres, tous régimes confondus. Accessible en ligne. |
| Entretien Information Retraite | Gratuit à partir de 45 ans. Rendez-vous avec un conseiller pour faire le point sur votre situation multi-régimes. |
| Simulateur M@rel | Permet de simuler votre retraite en modifiant les hypothèses (âge, revenus, scénario de carrière). |
| Accompagnement retraite | Diagnostic complet multi-régimes : coordination LURA/non-alignés, optimisation taux plein, simulation personnalisée, corrections carrière. |
Depuis 2019, une demande unique est possible via info-retraite.fr, mais chaque régime traite ensuite sa partie.
En multi-régimes, prévoyez un délai supplémentaire pour la coordination.
Une carrière multi-régimes exige une lecture transversale et une anticipation méthodique.
Points clés :
- 42% des retraités sont poly-pensionnés
- LURA simplifie la liquidation pour les régimes alignés (depuis 2017)
- Maximum 4 trimestres par an, même en cas de multi-affiliation
- La pension totale = somme des pensions de chaque régime
- Les majorations enfant ne comptent qu'une fois
Ce n'est pas la complexité qui pose problème. C'est l'absence de méthode.
Les carrières mixtes comportent souvent des périodes spécifiques (chômage, maladie, parentalité) qui influencent l'anticipation.
Consultez ensuite la fiche « Anticiper avec des périodes de chômage, maladie ou maternité »
Sources et références
Sites officiels :
Anticiper avec des périodes de chômage, maladie ou maternité
Les périodes de chômage, maladie ou maternité font partie de nombreuses carrières. Elles sont « reconnues » sur le relevé de carrière sous forme de trimestres assimilés.
Mais cette reconnaissance n'est pas uniforme : chaque type de période obéit à des règles spécifiques, avec des plafonds et des limites pour certains dispositifs.
1. Trimestres cotisés vs assimilés vs majorés
Tous les trimestres n'ont pas la même valeur juridique selon l'objectif poursuivi :
TRIMESTRES COTISÉS
Périodes travaillées avec cotisations vieillesse versées
En 2026 :
1 803 € brut = 1 trim.
Comptent pour TOUT :
taux plein, carrière longue, surcote
TRIMESTRES ASSIMILÉS
Périodes non travaillées reconnues :
- Chômage indemnisé/non indemnisé
- Maladie, AT/MP
- Maternité, service national
Comptent pour le taux plein
MAIS limités pour carrière longue
TRIMESTRES MAJORÉS
Trimestres supplémentaires accordés :
- Enfants (4 maternité + 4 éducation)
- Congé parental, AVPF
- Aidants familiaux
Comptent pour le taux plein
2. Règles de validation des trimestres assimilés
| Situation | Règle de validation | Limite annuelle |
|---|---|---|
| Chômage indemnisé (ARE, ASS...) | 1 trim. / 50 jours indemnisés | 4 trim. max/an |
| Chômage non indemnisé (après indemnisation) | 1 trim. / 50 jours | 4 trim. max/an |
| 1ère période chômage non indemnisé (sans indemnisation préalable) | 1 trim. / 50 jours | 4 trim. max/an |
| Maladie / Accident du travail | 1 trim. / 60 jours IJSS | 4 trim. max/an |
| Maternité (congé indemnisé) | 1 trim. / 90 jours IJSS | 4 trim. max/an |
| Invalidité | 1 trim. / trimestre civil (3 mensualités) | 4 trim. max/an |
| Service national | 1 trim. / 90 jours | 4 trim. max/an |
- Pas de salaire pris en compte pour le calcul du SAM (salaire annuel moyen)
- Les IJSS ne sont pas intégrées dans les 25 meilleures années
- Des arrêts longs ou répétés peuvent donc faire BAISSER le montant de la pension
Précision : les indemnités maternité sont prises en compte à hauteur de 125%
Les trimestres assimilés permettent d'atteindre le taux plein, mais ne garantissent pas un montant optimal de pension.
3. Limites pour la retraite anticipée carrière longue
Pour la carrière longue, certains trimestres assimilés sont « réputés cotisés » mais dans des limites strictes :
| Période assimilée | Limite « réputés cotisés » |
|---|---|
| Chômage indemnisé et activité partielle | 4 trimestres maximum |
| Maladie et accident du travail | 4 trimestres maximum |
| Maternité (congé indemnisé) | Sans limite |
| Service national | 4 trimestres maximum |
| Invalidité | 2 trimestres maximum |
| AVPF / Assurance vieillesse aidants | 4 trimestres maximum |
| Majorations enfants (maternité/adoption/éducation) | 2 trimestres max (NOUVEAUTÉ sept. 2026) |
À partir des retraites liquidées au 1er septembre 2026 :
2 trimestres issus des majorations pour enfants (maternité, adoption, éducation, congé parental) deviennent « réputés cotisés » pour l'accès à la carrière longue.
Plus de 13 000 femmes nées à partir de 1970 devraient en bénéficier.
4. Impact des périodes assimilées sur la retraite
CE QUI EST PRÉSERVÉ
La durée d'assurance (trimestres)
- Compte pour le taux plein
- Évite la décote
- Compte pour l'âge légal
L'accès à la retraite complémentaire
- Points gratuits chômage (Agirc-Arrco)
- Points maladie/maternité (selon cas)
CE QUI PEUT ÊTRE IMPACTÉ
Le montant de la pension
- IJSS non prises en compte dans le SAM (IJ maternité prises en compte)
- Peut dégrader les 25 meilleures années
- Points Agirc-Arrco réduits (chômage)
L'accès à certains dispositifs
- Carrière longue : limites strictes
- Surcote : trim. majorés exclus
- Minimum contributif : conditions
5. Tableau comparatif : Chômage / Maladie / Maternité
| Critère | Chômage | Maladie / AT | Maternité |
|---|---|---|---|
| Jours pour 1 trimestre | 50 jours | 60 jours | 90 jours |
| Transmission à la CNAV | Automatique (France Travail) | Automatique (CPAM) | Automatique (CPAM) |
| Impact sur le SAM | IJSS non prises en compte | IJSS non prises en compte | IJSS non prises en compte |
| Points Agirc-Arrco | Oui (SJR) | Oui (si indemnisée) | Oui (si indemnisée) |
| Limite carrière longue | 4 trim. max | 4 trim. max | Sans limite |
Les périodes de chômage, maladie ou maternité sont reconnues mais leur effet n'est jamais uniforme dans le temps.
Leur portée dépend du moment du départ et de l'objectif poursuivi.
Points clés :
- Chômage : 1 trim./50 jours - limite 4/an - attention aux fins de droits
- Maladie : 1 trim./60 jours - impact sur le SAM si arrêts longs
- Maternité : 1 trim./90 jours - seule période sans limite pour carrière longue
- LFSS 2026 : 2 trim. enfants réputés cotisés pour carrière longue (sept. 2026)
Anticiper, c'est comprendre que la reconnaissance d'hier ne garantit pas les mêmes effets demain.
Certaines situations ouvrent des horizons de départ spécifiques, sous conditions.
Consultez ensuite la fiche « À quels dispositifs de départ puis-je potentiellement être éligible ? »
Sources et références
Sites officiels :
Comment sont comptabilisés mes points de retraite complémentaire
Cette fiche permet de vérifier la cohérence de vos droits en retraite complémentaire, à partir des points inscrits sur vos relevés.
Contrairement à une idée répandue, les points ne se cumulent pas automatiquement. Leur comptabilisation dépend de l'affiliation effective au régime complémentaire, des cotisations réellement versées, et des règles propres à chaque caisse.
Vérifier ses points, ce n'est pas compter un total. C'est comprendre pourquoi des points existent, pourquoi ils manquent, et ce que cela signifie juridiquement.
1. Ce que représente un point de retraite complémentaire
Un point de retraite complémentaire est une unité de droits, acquise en contrepartie de cotisations. Il ne correspond ni à un trimestre, ni à un euro, ni à une durée d'activité.
Chaque régime complémentaire fixe :
- Un prix d'achat du point (pendant la carrière)
- Une valeur de service du point (au moment de la retraite)
- Des règles d'acquisition spécifiques
Tant que la retraite n'est pas liquidée, les points représentent un droit potentiel, susceptible d'évoluer.
Valeurs des points Agirc-Arrco 2025-2026
| Paramètre | 2025 | 2026 |
|---|---|---|
| Prix d'achat du point | 20,1877 € | 20,1877 € (inchangé) |
| Valeur de service du point | 1,4386 € | 1,4386 € (inchangé) |
| Taux T1 (jusqu'à 1 PASS) | 6,20% contractuel | 6,20% contractuel |
| Taux T2 (1 à 8 PASS) | 17% contractuel | 17% contractuel |
Source : Communiqué Agirc-Arrco décembre 2024, Circulaire 2025-15-DT du 23 octobre 2025
2. Comment les points sont-ils acquis ?
Les points sont acquis par le versement de cotisations calculées sur une assiette définie par le régime. Le nombre de points acquis dépend :
- Du revenu ou salaire soumis à cotisation
- Des taux applicables
- Du prix d'achat du point
Nombre de points = (Assiette de cotisation × Taux de calcul) / Prix d'achat du point
Exemple 2025 : Salaire 30 000 €
→ (30 000 × 6,20%) / 20,1877 = 92,14 points
Il n'existe aucun lien automatique entre une année travaillée et un nombre minimum garanti de points.
Une année peut produire peu de points, ou aucun point, sans que cela constitue nécessairement une anomalie.
3. Vérifier la cohérence des points
Dans les régimes complémentaires des salariés, la vérification consiste à apprécier la cohérence entre l'activité exercée et les points acquis.
Il est normal de constater :
- Des variations de points d'une année à l'autre
- Des années à faible acquisition en cas de temps partiel ou de bas salaire
- Des absences de points lors de certaines périodes non cotisées
En revanche, une absence totale de points sur une longue période d'activité salariée doit interroger, sans que cela signifie immédiatement une erreur.
Il s'agit d'identifier une incohérence possible, pas d'en tirer une conclusion définitive.
Taux de cotisation Agirc-Arrco 2026
| Tranche | Assiette | Taux contractuel |
|---|---|---|
| Tranche 1 | 0 à 1 PASS (48 060 €) | 6,20% |
| Tranche 2 | ≥ 1 PASS - ≤ 8 PASS (336 420 €) | 17% |
Note : Le taux d'appel (127%) sert au calcul des cotisations réellement payées. Seul le taux contractuel génère des points.
Taux de cotisation IRCANTEC 2026
| Tranche | Assiette | Taux théorique de cotisation |
|---|---|---|
| Tranche 1 | 0 à 1 PASS (48 060 €) | 5,60% |
| Tranche 2 | ≥ 1 PASS - ≤ 8 PASS (336 420 €) | 15,60% |
4. Vérifier les points des professions libérales
Pour les professions libérales, la logique est différente et souvent source de confusion. Les régimes complémentaires fonctionnent par cotisations forfaitaires ou proportionnelles, selon des classes ou tranches, avec des règles propres à chaque caisse.
Principales sections professionnelles CNAVPL
| Caisse | Professions | Spécificité complémentaire |
|---|---|---|
| CIPAV | Architectes, psychologues, ostéopathes... | Cotisations proportionnelles depuis 2023 (9% T1, 22% T2) |
| CARMF | Médecins | 3 régimes : RCV + ASV + PCV |
| CARPIMKO | Auxiliaires médicaux (infirmiers, kinés...) | Cotisation forfaitaire + proportionnelle |
| CAVEC | Experts-comptables | Classes de cotisation selon revenus |
Pour la CNAVPL, régime de base commun aux professions libérales, la valeur de service du point est de 0,6599 € en 2026.
5. Les années sans points : quand est-ce normal ?
Certaines situations expliquent légitimement l'absence de points :
- Seuil de cotisation non atteint
- Exonération ou dispense temporaire
- Affiliation tardive au régime complémentaire
- Périodes non soumises à cotisation complémentaire
Ces situations sont fréquentes :
- En début d'activité
- Lors de changements de statut
- Dans les carrières mixtes
Une année sans point n'est donc pas, en soi, un dysfonctionnement.
6. Points et périodes assimilées : une logique différente des trimestres
Contrairement aux trimestres du régime de base, les points de retraite complémentaire peuvent être attribués pour certaines périodes non travaillées, mais selon des règles strictes.
Attribution de points Agirc-Arrco pour périodes non travaillées
| Situation | Conditions | Calcul des points |
|---|---|---|
| Maladie / Accident | Arrêt > 60 jours consécutifs + IJ Sécu | Base = points année N-1, plafonnés pour ne pas dépasser N-1 |
| Maternité / Adoption | Arrêt > 60 jours consécutifs + IJ maternité | Base = points année N-1, même plafonnement |
| Invalidité | Pension invalidité cat. 1, 2 ou 3 | Points attribués sans limite de durée tant que pension versée |
| Chômage indemnisé | ARE, ASP ou ASS | Base = SJR × jours indemnisés, taux 6,20% (T1) ou 4% (ASS) |
| Chômage partiel | > 60 heures dans l'année | Points sur base des indemnités versées |
| Service national | Périodes depuis 1970 | Plus de points gratuits (sauf avant 1970) |
Les périodes de chômage, maladie, maternité peuvent produire des trimestres dans le régime de base sans pour autant produire de points complémentaires, ou seulement de manière limitée, selon les règles applicables au régime.
Cette dissociation est structurelle.
7. Les droits acquis à l'étranger et les points
Les périodes travaillées à l'étranger n'ouvrent en principe aucun point dans les régimes complémentaires français, même lorsqu'elles sont prises en compte pour la durée d'assurance via des accords internationaux.
L'absence de points pour ces périodes est juridiquement normale.
- Les salariés détachés conservent leur affiliation Agirc-Arrco
- Les expatriés peuvent cotiser volontairement via la CFE
8. Comment utiliser cette fiche pour vérifier ses points
Cette fiche permet d'adopter une méthode de vérification simple et sécurisée :
- Repérer les années avec et sans points
- Comprendre si l'absence ou la faiblesse de points est explicable
- Identifier les périodes qui méritent un éclairage complémentaire
Processus de vérification en 4 étapes
RAP + RIS
Années avec/sans points
Cohérence avec situation
Normal / À vérifier
9. Ce que la vérification des points permet... et ne permet pas
PERMET
- Apprécier la cohérence globale des droits complémentaires
- Éviter les erreurs d'interprétation fréquentes
- Sécuriser les bases avant toute projection
NE PERMET PAS
- Déterminer un montant définitif
- Choisir une date de départ
- Décider d'une action correctrice
Les points de retraite complémentaire :
- Dépendent strictement des règles du régime
- Peuvent varier fortement d'une année à l'autre
- Ne sont pas comparables d'un régime à l'autre
- Ne traduisent pas toujours fidèlement l'activité exercée
La cohérence globale prime sur un détail isolé.
Sources et références
Sites officiels :
Anticiper avec une carrière internationale
Travailler à l'étranger donne souvent le sentiment que « tout compte », dès lors que les périodes apparaissent quelque part sur un relevé ou qu'un pays est lié à la France par une convention.
Cette fiche vise à poser une lecture réaliste de l'anticipation lorsqu'une carrière comporte des périodes accomplies hors de France.
1. La coordination internationale : un mécanisme, pas une fusion
Les carrières internationales ne sont pas additionnées comme un tout homogène. Elles sont coordonnées juridiquement entre États, selon des règles précises.
Les trois cadres juridiques de coordination
| Cadre juridique | Pays concernés |
|---|---|
| Règlements européens | 27 États membres UE + Islande, Liechtenstein, Norvège (EEE) + Suisse |
| Conventions bilatérales | 41 pays hors Europe : Algérie, Argentine, Brésil, Canada, Chili, Corée, États-Unis, Inde, Japon, Maroc, Québec, Tunisie, Turquie, Uruguay... |
| Accords spécifiques | Monaco, Saint-Marin, Îles anglo-normandes |
La coordination permet de reconnaître les périodes accomplies à l'étranger et de déterminer l'ouverture des droits, mais sans fusionner les systèmes.
Chaque pays reste compétent pour sa part de carrière et verse sa propre pension.
2. Détaché ou expatrié : deux situations distinctes
Avant d'analyser les effets d'une carrière internationale, il est essentiel de distinguer deux statuts juridiquement différents.
SALARIÉ DÉTACHÉ
Définition : Mission temporaire à l'étranger avec maintien du lien avec l'employeur français
Affiliation : Reste affilié au régime français (base + complémentaire)
Durée maximale :
- UE/EEE/Suisse : 24 mois
- Pays conventionnés : 1 à 5 ans
- Pays sans convention : 3 ans (renouvelable 1 fois)
Effet : Continue à acquérir des trimestres et points comme en France
SALARIÉ EXPATRIÉ
Définition : Contrat local avec une entreprise étrangère ou mission longue durée
Affiliation : Affilié au régime du pays d'accueil (sauf cotisation volontaire CFE)
Durée maximale : Pas de limite de durée
Effet : N'acquiert plus de droits français (sauf CFE + Agirc-Arrco volontaire)
Le détaché conserve une affiliation française complète.
L'expatrié devra, s'il souhaite maintenir ses droits français, souscrire une assurance volontaire auprès de la CFE (retraite de base) et de Malakoff Humanis International (retraite complémentaire Agirc-Arrco).
3. Le mécanisme de totalisation-proratisation
Ce mécanisme est au cœur de la coordination internationale. Il permet de prendre en compte les périodes étrangères pour l'ouverture des droits, tout en calculant la pension en proportion de la carrière effectuée dans chaque pays.
Étape 1 : TOTALISATION
Les périodes d'assurance accomplies dans tous les pays coordonnés sont additionnées pour vérifier si les conditions d'ouverture du droit sont remplies (âge, durée d'assurance pour le taux plein).
Étape 2 : DOUBLE CALCUL
Chaque pays effectue deux calculs :
- Une pension nationale (avec ses seules périodes)
- Une pension communautaire (proratisée selon la part de carrière)
Étape 3 : COMPARAISON ET ATTRIBUTION
Le montant le plus avantageux est versé par chaque pays.
Exemple de calcul France-Allemagne
CARRIÈRE TOTALE : 172 trimestres requis pour le taux plein
🇫🇷 France
120 trimestres
🇩🇪 Allemagne
60 trimestres
Total
180 trimestres
✅ Taux plein atteint
CALCUL PENSION FRANCE :
- Pension théorique (si 180 trim. en France) = 1 500 €/mois
- Pension proratisée = 1 500 × (120/180) = 1 000 €/mois
- Pension nationale (120 trim. seuls, avec décote éventuelle)
Montant versé par la France = le plus avantageux des deux
4. Ce qui est reconnu... et ce qui produit un effet réel
Dans une carrière internationale, certaines périodes peuvent être reconnues pour l'accès à un droit, la validation d'une durée globale, ou l'atteinte d'une condition juridique. Mais cette reconnaissance n'entraîne pas systématiquement les mêmes effets qu'une période française.
Les périodes étrangères PEUVENT
- Être comptabilisées pour la durée d'assurance totale
- Permettre d'atteindre le taux plein
- Ouvrir le droit à la retraite
- Être retenues pour certains dispositifs (sous conditions)
Les périodes étrangères NE PEUVENT PAS
- Améliorer le revenu annuel moyen (SAM) français
- Générer des points Agirc-Arrco (sauf cotisation volontaire)
- Agir sur tous les mécanismes internes français
- Garantir l'accès à tous les dispositifs
Les périodes étrangères permettent souvent d'ouvrir un droit, mais le montant de la pension française dépend uniquement des salaires et cotisations versés en France.
5. Les limites pour certains dispositifs spécifiques
Les carrières internationales peuvent avoir des effets limitants sur l'accès à certains dispositifs, notamment la retraite anticipée pour carrière longue.
Retraite anticipée pour carrière longue
| Condition | Traitement des périodes étrangères |
|---|---|
| Trimestres cotisés/réputés cotisés | Les périodes étrangères PEUVENT être retenues si un accord international s'applique |
| Début d'activité avant 16/18/20/21 ans | Les trimestres étrangers peuvent être pris en compte pour cette condition |
| Limite | Chaque convention a ses propres règles. Certains accords ne permettent pas la prise en compte pour ce dispositif. |
Retraite complémentaire Agirc-Arrco
La coordination internationale (règlements européens et conventions bilatérales) ne concerne que les régimes de base.
Elle ne génère AUCUN point de retraite complémentaire Agirc-Arrco.
Seules les périodes cotisées en France ou via une affiliation volontaire (CFE + Malakoff Humanis International) permettent d'acquérir des points complémentaires.
6. La règle du seul accord applicable
Lorsqu'une personne a travaillé dans plusieurs pays hors UE, une règle importante s'applique : la France ne retient qu'un seul accord pour le calcul de la retraite française.
| Situation | Règle applicable |
|---|---|
| Plusieurs pays UE/EEE/Suisse | Tous les trimestres sont totalisés ensemble |
| Plusieurs pays conventionnés (hors UE) | Seul l'accord avec le pays où la durée d'affiliation est la plus longue est retenu |
| UE + pays conventionné | La combinaison la plus avantageuse est retenue (soit UE seule, soit convention seule) |
| Pays sans convention | Périodes non prises en compte (sauf avant le 1er avril 1983 ou cotisation CFE) |
7. La visibilité partielle des droits internationaux
Les périodes internationales ne sont pas toujours visibles de manière claire sur les outils français (RIS, compte retraite). Elles peuvent apparaître tardivement, partiellement, ou sous une forme synthétique.
| Document | Ce qu'il montre / ne montre pas |
|---|---|
| RIS (Relevé Individuel de Situation) | Peut mentionner des périodes étrangères de manière partielle ou tardive. Ne reflète pas toujours l'état réel des droits coordonnés. |
| EIG (Estimation Indicative Globale) | Estimation qui peut ne pas intégrer toutes les périodes étrangères. À vérifier avec les attestations des pays concernés. |
| Formulaires E104/S1 | Documents officiels attestant des périodes d'assurance dans l'UE. À conserver et à produire lors de la liquidation. |
Anticiper permet de ne pas confondre absence d'affichage et absence de droit.
L'échange d'informations entre caisses peut prendre du temps, et certaines périodes n'apparaîtront qu'au moment de la liquidation.
8. Options pour maintenir ses droits français à l'étranger
| Option | Ce qu'elle permet | Conditions |
|---|---|---|
| Détachement | Maintien complet de l'affiliation française (base + complémentaire) | Mission temporaire, durée limitée selon le pays |
| CFE (retraite de base) | Acquisition de trimestres au régime général français | Adhésion volontaire, cotisation sur base PASS (max 47 100 € en 2025) |
| Malakoff Humanis International | Acquisition de points Agirc-Arrco | Adhésion volontaire, individuelle ou collective |
| Rachat de trimestres | Régularisation a posteriori de périodes non cotisées | Sous conditions, auprès de la CNAV |
Une carrière internationale est juridiquement coordonnée, mais jamais unifiée.
Les périodes étrangères peuvent compter pour l'ouverture des droits, sans produire tous les effets attendus sur le montant de la pension.
Anticiper, ici plus qu'ailleurs, consiste à comprendre ce qui est reconnu, ce qui agit réellement, et ce qui restera sans effet dans certains cadres.
9. Processus d'anticipation carrière internationale
IDENTIFIER
- Lister tous les pays où des périodes ont été accomplies
- Distinguer détachement / expatriation
QUALIFIER
- Vérifier l'existence d'un accord (UE, convention bilatérale, aucun)
- Déterminer quel accord s'applique (si plusieurs pays)
ÉVALUER
- Analyser l'effet sur le taux plein (durée d'assurance totale)
- Analyser l'effet sur le montant (salaires pris en compte)
- Vérifier l'impact sur la retraite complémentaire
PROJETER
- Identifier les limites pour les dispositifs spécifiques (carrière longue...)
- Évaluer les options (CFE, rachat, cotisation volontaire)
- Anticiper sans illusion : contraintes structurelles à intégrer
Sources et références
Sites officiels :
Anticiper sa retraite complémentaire pour les salariés du privé
Lorsqu'on parle de départ en retraite, la plupart des raisonnements commencent et s'arrêtent parfois à la retraite de base. La retraite complémentaire est alors perçue comme un prolongement automatique.
En réalité, la retraite complémentaire obéit à une temporalité propre, avec des règles distinctes et des effets spécifiques liés à la date choisie.
Cette fiche a pour objectif de vous aider à comprendre pourquoi la date de départ ne peut jamais être pensée sans intégrer le régime complémentaire.
1. Deux régimes, deux logiques temporelles
La retraite de base et la retraite complémentaire poursuivent un objectif commun (assurer un revenu de remplacement), mais reposent sur des logiques différentes.
RETRAITE DE BASE
- Bornes d'âge (62 à 64 ans selon génération)
- Durée d'assurance en trimestres ou exprimé en points selon le régime
- Taux de liquidation (50% ou 100% max selon le régime concerné)
- Décote/surcote
Formule pour les régimes alignés :
SAM × Taux × (Durée Acquise/Durée Requise)
Formule pour les régimes prof. libérales :
Nb points × Taux × Valeur annuelle du point
RETRAITE COMPLÉMENTAIRE)
- Droits exprimés en points
- Valeur du point revalorisée annuellement
- Conditions propres de liquidation
- Coefficients de minoration définitifs
Formule :
Nb points × Taux × Valeur annuelle du point
2. Le calcul de la retraite complémentaire Agirc-Arrco
Le montant de la retraite complémentaire résulte d'une formule simple, mais dont chaque composante mérite attention.
Montant annuel brut = Nombre de points × Taux × Valeur annuelle du point
Valeur du point
(au 1er nov. 2025)
1,4386 €
Prix d'achat du point
(2026)
20,1877 €
Exemple de calcul
| Nombre de points accumulés | 5 000 points |
| Valeur du point | 1,4386 € |
| Taux de liquidation | 100 % |
| Retraite annuelle brute | 5 000 × 100% × 1,4386 € = 7 193 € (soit 599,42 €/mois) |
3. Les minorations définitives : attention à la distinction
Il existe des coefficients de minoration définitifs qui s'appliquent dans certaines situations.
| Situation | Conséquence |
|---|---|
| Départ avant 67 ans sans les trimestres requis | Coefficient de minoration définitif selon l'âge ou les trimestres manquants (solution la plus favorable retenue) |
| Carrière courte (moins de 20 trimestres manquants) | Coefficient spécifique selon barème Agirc-Arrco |
| Départ anticipé avant l'âge légal (min. 57 ans) | Minoration définitive en fonction de l'âge atteint |
| Retraite progressive | Coefficient spécifique temporaire (réexaminé à la liquidation définitive) |
Le taux plein automatique à 67 ans permet d'obtenir la retraite complémentaire sans aucune minoration, quelle que soit la durée de cotisation.
Avant cet âge, les conditions du taux plein au régime de base conditionnent l'absence de minoration auprès du régime complémentaire.
4. Les majorations pour enfants
La retraite complémentaire peut être majorée sous certaines conditions liées aux enfants.
| Type de majoration | Taux | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Enfants nés ou élevés (3 enfants min.) |
10% sur droits acquis depuis 2019 | Définitive, plafonnée à 2 367 €/an (nov. 2025) |
| Enfants à charge | 5% par enfant | Temporaire (tant que l'enfant est à charge) |
Les deux majorations ne sont pas cumulables. Si les conditions des deux sont remplies, la majoration la plus favorable est attribuée.
Les deux parents peuvent en bénéficier sur leur propre retraite.
Avant la fusion AGIRC-ARRCO de 2019, chaque régime avait ses propres conditions de majoration pour enfants (exemple : le régime ARRCO attribuait 5% de majoration pour enfants, nés ou élevés, pour la partie de carrière de 1999 à 2018).
Avant la fusion des caisses au régime ARRCO de 1999, chaque caisse avait ses propres conditions de majoration pour enfants.
5. Le calendrier : un paramètre structurant
En matière de retraite complémentaire, plusieurs dates clés doivent être maîtrisées.
| Élément temporel | Règle applicable |
|---|---|
| Date d'effet | Premier jour du mois civil suivant la demande de liquidation |
| Coordination automatique | Si demande dans les 3 mois suivant la notification du régime de base, même date d'effet que le régime général |
| Revalorisation annuelle | Au 1er novembre de chaque année (pas de revalorisation en nov. 2025) |
| Versement | Premier jour ouvré de chaque mois (d'avance) |
| Délai de demande conseillé | 5 mois avant la date souhaitée de départ |
La demande unique via info-retraite.fr est automatiquement transmise à tous les régimes.
Toutefois, un décalage entre les dates d'effet du régime de base et du régime complémentaire peut survenir si les délais ne sont pas respectés.
6. Processus d'anticipation en 4 étapes
IDENTIFIER
- Consulter le Relevé Annuel de Points (RAP) et le RIS
- Vérifier le nombre de points Agirc-Arrco accumulés
QUALIFIER
- Déterminer si le taux plein au régime de base sera atteint
- Identifier les éventuelles situations d'exonération de minoration
ÉVALUER
- Calculer le montant estimatif (points × taux × valeur du point)
- Identifier l'effet des majorations pour enfants
- Vérifier l'absence de minoration définitive applicable
COORDONNER
- Articuler la date de départ avec le régime de base
- Respecter le délai de 3 mois après notification du régime de base
- Anticiper la demande 5 mois avant le départ souhaité
7. Ce que cette anticipation permet... et ne permet pas
PERMET
- Comprendre que la date est un levier
- Éviter les décalages défavorables
- Sécuriser la cohérence entre régimes
- Identifier les majorations applicables
NE PERMET PAS
- Mesurer un impact chiffré personnalisé
- Comparer plusieurs scénarios de dates
- Optimiser une stratégie de départ
- Analyser finement un dossier individuel
La retraite complémentaire ne suit pas automatiquement la retraite de base.
Sa temporalité propre impose une anticipation spécifique :
- Depuis l'accord de 2023, le bonus-malus temporaire est supprimé
- Mais les minorations définitives subsistent
- Le calendrier compte autant que les droits eux-mêmes
Ne jamais raisonner sur un seul régime. Articuler base et complémentaire pour une date de départ optimale.
Sources et références
Sites officiels :
Ma situation peut-elle relever d'un dispositif spécifique ?
Lorsque l'on commence à anticiper sa retraite, une question revient presque systématiquement :
« Est-ce que je rentre dans un dispositif particulier ? »
Cette question est légitime. Cette fiche joue un rôle clé : ouvrir la porte des dispositifs possibles, sans jamais promettre, sans jamais décréter une éligibilité.
1. Un principe fondamental : les dispositifs ne s'activent jamais seuls
Le système de retraite français prévoit des dispositifs spécifiques pour certaines situations. Mais aucun dispositif ne s'applique automatiquement il faut en faire la demande. En effet, la retraite est quérable.
Un dispositif de retraite anticipée :
- Repose sur des critères juridiques précis définis par le Code de la sécurité sociale
- S'inscrit dans une temporalité déterminée (âge, durée d'assurance, dates de reconnaissance)
- Et nécessite presque toujours une qualification rigoureuse de la situation par les organismes compétents
Consiste uniquement à se demander : « Ma situation pourrait-elle, en théorie, relever d'un dispositif ? »
2. Les grandes familles de situations concernées
Quatre grandes catégories de situations peuvent ouvrir droit à un départ anticipé. Ces dispositifs sont régis par des textes distincts et obéissent à des logiques différentes.
| Dispositif | Âge minimum | Condition clé |
|---|---|---|
| Carrière longue | 58, 60, 62 ou 63 ans | Début d'activité avant 16, 18, 20 ou 21 ans |
| Handicap | 55 ans minimum | Taux IP ≥ 50% pendant la carrière |
| Incapacité permanente (AT/MP) | 60 ans ou Âge légal − 2 ans | Taux IP ≥ 10% d'origine professionnelle |
| Pénibilité (C2P) | Âge légal − 2 ans max | Points C2P (10 pts = 1 trim.) |
2.1. Carrière commencée tôt (Retraite anticipée pour carrière longue - RACL)
Les carrières ayant débuté précocement peuvent, sous certaines conditions, relever du dispositif de retraite anticipée pour carrière longue (RACL). Ce dispositif a été réformé par la loi du 14 avril 2023. La suspension de la réforme 2025 n'a pas modifiée ces critères.
Deux conditions cumulatives sont requises :
1. Avoir validé un nombre minimum de trimestres avant un certain âge (5 trimestres, ou 4 si né au dernier trimestre) :
- Avant 16 ans pour un départ à partir de 58 ans
- Avant 18 ans pour un départ à partir de 60 ans
- Avant 20 ans pour un départ entre 60 et 62 ans selon l'année de naissance
- Avant 21 ans pour un départ à partir de 63 ans
2. Justifier d'une durée d'assurance cotisée suffisante au moment du départ (variable selon l'année de naissance).
L'âge de début d'activité ne suffit jamais à lui seul. La nature des périodes (cotisées, assimilées, réputées cotisées) et leur qualification sont déterminantes.
Certains trimestres « réputés cotisés » sont pris en compte dans des limites strictes (4 trimestres maximum pour maladie, chômage, service national, etc.).
2.2. Handicap (Retraite anticipée des travailleurs handicapés - RAAH)
Les personnes ayant travaillé en situation de handicap peuvent bénéficier d'un départ anticipé dès 55 ans. Ce dispositif obéit à des règles strictes.
Conditions d'éligibilité :
- Justifier d'un taux d'incapacité permanente d'au moins 50% pendant les périodes d'assurance (ou d'une situation assimilable)
- OU avoir été reconnu travailleur handicapé (RQTH) pour les périodes antérieures au 1er janvier 2016
- Avoir cumulé un nombre minimum de trimestres d'assurance et de trimestres cotisés tout en étant en situation de handicap
Depuis le 1er janvier 2016, la RQTH seule (sans justification du taux de 50%) n'est plus suffisante pour valider des périodes postérieures à cette date.
La reconnaissance administrative ne garantit jamais, à elle seule, l'éligibilité à la RAAH.
Bien que le régime de base garantisse l'absence de décote, il est essentiel de consulter votre section professionnelle, car certains règlements de retraite complémentaire peuvent comporter des clauses spécifiques sur le calcul des points ou l'application de coefficients techniques propres à leur gestion autonome.
2.3. Incapacité permanente d'origine professionnelle (AT/MP)
Les victimes d'accidents du travail (AT) ou de maladies professionnelles (MP) peuvent bénéficier d'un départ anticipé si elles justifient d'un taux d'incapacité permanente minimum. Ce dispositif a été assoupli par la réforme de 2023.
Deux cas de figure selon le taux d'IP :
| Taux d'IP | Âge de départ | Conditions supplémentaires |
|---|---|---|
| ≥ 20% | Dès 60 ans | Aucune (départ de droit) |
| 10% à 19% | 2 ans avant l'âge légal | Exposition ≥ 17 ans à des facteurs de risques ET lien avec l'IP |
La retraite est attribuée à taux plein (50% ou 100% selon le régime) quel que soit le nombre de trimestres cotisés.
2.4. Pénibilité (Compte professionnel de prévention - C2P)
Le Compte professionnel de prévention (C2P) permet aux salariés exposés à certains facteurs de risques professionnels d'acquérir des points utilisables pour la retraite.
Les 6 facteurs de risques pris en compte :
10 points C2P = 1 trimestre de majoration de durée d'assurance
Maximum : 8 trimestres (soit 2 ans d'anticipation)
Les 20 premiers points sont réservés à la formation ou à la reconversion.
3. Pourquoi l'éligibilité ne se décrète jamais
« Je suis concerné(e), donc je suis éligible ? »
En réalité, l'éligibilité à un dispositif de retraite anticipée :
- Dépend de critères cumulatifs (plusieurs conditions doivent être réunies simultanément)
- S'apprécie à une date donnée (la date d'effet souhaitée de la retraite)
- Repose sur des éléments parfois invisibles à première lecture du relevé de carrière
Deux personnes dans une situation apparemment similaire peuvent aboutir à des conclusions juridiques opposées.
C'est précisément pour cette raison que l'anticipation est indispensable : elle évite les certitudes prématurées.
4. Schéma décisionnel : suis-je potentiellement concerné ?
Ce schéma permet d'identifier si une analyse approfondie de votre situation mérite d'être menée :
Ai-je commencé à travailler avant 21 ans ?
Ai-je travaillé avec un handicap reconnu (IP ≥ 50% ou RQTH avant 2016) ?
Ai-je une rente AT/MP avec un taux d'IP ≥ 10% ?
Ai-je été exposé à des facteurs de pénibilité (nuit, bruit, etc.) ?
- Les dispositifs de retraite anticipée existent, mais ils ne s'appliquent jamais par défaut.
- Ils supposent une lecture juridique, une temporalité maîtrisée et des preuves solides.
- L'éligibilité ne se présume pas, elle se démontre par l'étude de votre relevé de carrière.
- Anticiper, c'est accepter que le diagnostic nécessite une analyse personnalisée.
Sources et références
Sites officiels :
Anticiper n'est pas décider
Arriver au terme du bloc ANTICIPER peut donner une impression paradoxale. Vous comprenez mieux votre situation, vous voyez apparaître des horizons possibles, parfois même des dispositifs potentiels... mais rien n'est encore tranché.
Et c'est normal.
Cette fiche a un rôle précis : clarifier ce que l'anticipation est, et surtout ce qu'elle n'est pas.
1. Anticiper : comprendre avant d'agir
Anticiper, en droit de la retraite, consiste à mettre à plat les règles, les temporalités et les interactions possibles entre votre carrière et le système.
C'est un temps d'observation et de compréhension :
- Comprendre ce qui existe (les règles applicables à votre situation)
- Identifier ce qui pourrait compter (trimestres, dispositifs, âges clés)
- Repérer ce qui nécessite vigilance (anomalies de carrière, périodes manquantes)
2. Décider : un acte juridique engageant
Décider, en revanche, relève d'une autre logique. Décider, c'est poser un acte juridique : choisir une date, déclencher une liquidation, activer un dispositif.
En retraite, une décision :
- Produit des effets juridiques immédiats (ouverture des droits, calcul de la pension)
- Est souvent irréversible (principe d'intangibilité des pensions liquidées)
- Engage l'ensemble des régimes concernés (depuis 2015, obligation de liquider tous ses droits)
Schéma : Anticiper vs Décider vs Optimiser
ANTICIPER
Nature
Démarche intellectuelle
Effet
Aucun effet juridique
Réversibilité
Totalement réversible
Exemple
Vérifier son relevé de carrière, simuler des dates
DÉCIDER
Nature
Acte juridique
Effet
Effets immédiats et réversible
Réversibilité
Généralement réversible
Exemple
Déposer puis annuler sa demande de liquidation
OPTIMISER
Nature
Comparaison d'options
Effet
Éclaire la décision à venir
Réversibilité
Réversible tant que non décidée
Exemple
Comparer départ à 62 ans vs 64 ans
3. Optimiser : une étape distincte, encadrée
L'optimisation n'est ni automatique, ni systématique. Elle suppose que certaines conditions soient réunies :
- Une situation suffisamment lisible (carrière connue, anomalies détectées et corrigées)
- Des droits sécurisés (trimestres validés, périodes reconnues)
- Des choix réellement ouverts (plusieurs dates possibles, dispositifs mobilisables)
4. Quand une analyse approfondie devient nécessaire
L'anticipation permet souvent de repérer un moment charnière : celui où la compréhension ne suffit plus.
Ce basculement se produit notamment lorsque :
- Plusieurs dates deviennent envisageables (âge légal, carrière longue, taux plein...)
- Un dispositif semble potentiellement mobilisable (retraite progressive, cumul emploi-retraite...)
- Les effets du temps deviennent déterminants (surcote, rachat de trimestres...)
Continuer seul peut conduire à des approximations. C'est précisément là qu'une analyse approfondie devient pertinente.
5. Les outils de l'anticipation : le droit à l'information
Le Code de la sécurité sociale (article L.161-17) organise un véritable droit à l'information pour vous aider à anticiper :
| Outil | Quand | Contenu |
|---|---|---|
| Relevé de situation individuelle (RIS) | Dès 35 ans, tous les 5 ans | Récapitulatif de carrière tous régimes |
| Estimation indicative globale (EIG) | À partir de 55 ans | Estimation du montant des pensions |
| Entretien information retraite (EIR) | Dès 45 ans, sur demande | Entretien personnalisé avec simulations |
| Compte retraite en ligne | À tout moment | info-retraite.fr - accès tous régimes |
6. Garder la main sans se précipiter
L'un des objectifs majeurs de l'anticipation est de retirer l'urgence de la décision.
En comprenant les règles en amont :
- Vous évitez de décider sous contrainte
- Vous réduisez le stress lié à l'inconnu
- Vous conservez la capacité de choisir le bon moment
Anticiper, ce n'est pas retarder.
C'est décider quand décider.
Anticiper n'est ni décider, ni optimiser.
C'est créer les conditions pour que, le moment venu, la décision soit choisie – et non subie.
Sources et références
Sites officiels :
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